"Sortir de la gare
Le voyage enduré
Dans la ville on s’égare
Libre hasard adoré
Chaque rue nous berce
De mille et une broutilles
De commerce en commerce
Des fois des yeux qui brillent
Là, on vend de l’art
Ici, c’est du cochon
Pour nous pas de dollar
Juste un jambon-torchon
Les margoulins le soir
Cachent mal leur jalousie...."
Après une série de reprises de chansons de Brassens, Aubry L'homer met en images quelques unes de ses plus belles chansons. Celle-ci est peut-être la chanson la plus atypique de cet album que nous vous présentions en même temps que le titre Convalescence en Sibérie.
Elle incite à partir en voyage à l’aventure, à laisser ce libre hasard nous emporter vers les vraies merveilles du monde, plutôt que de se laisser séduire par des sollicitations artificielles. « Car les hommes / Fatalement s’installent / Dans des attitudes / Dans des habitudes / Dans des servitudes ». Avec la guitare manouche de Titouan Nabat et la contrebasse de Léo Chupin.
« Délivré de mille et une broutilles / Mon frère a les yeux qui brillent… » Comme d’habitude Aubry L'homer trouve les mots pour analyser le monde de façon originale et nous donner quelques touches d’espoir.
Le clip utilise avec esprit des peintures animées d’Edward Hopper, qui sut si bien dépeindre la solitude de l’humain en ville. En ces périodes de canicule, les images de ce Hêtre bien vivant (album Le choix des chaises, 2017), toujours résiliant, même s’il doit un jour finir en planches,« Etrange histoire que vivre / Etre déshydraté / Assoiffé d’eau, survivre / À son premier été / Et puis soudain sentir / En ses moindres cellules / Cette eau inespérée / Cette vie incrédule » nous font du bien, et là encore nous incitent à chercher la lumière et prendre de la hauteur…
NUMERO 24
LE 21 JUIN 2022
"Une Nuit Ensoleillée"
Convalescence en Sibérie. On croirait que cette chanson prémonitoire a été écrite en fonction de l’actualité et de la disparition plus que douteuse d’Alexeï Navalny : « Mais j’ai la profonde douleur, mais j’ai l’immense tristesse / D’avoir à vous annoncer son décès inexpliqué ». Ce qui paraissait humoristique prend désormais un tour de tragédie. C’est qu’Aubry L'Homer a l’art de saisir l’air du temps, avec son écriture d’une sensibilité fine, poétique et d’un humour délicat. Une plume toujours originale par le choix de ses sujets autant que par sa façon de les aborder. Dans ce dernier album, il manie les mots avec une habilité déroutante, pour en tirer du son et du sens, sur des ballades ou des musiques jazzie que Django ne renierait pas.
Chansons d’amour, qu’il soit éperdu (L’amour pansement), ébloui : « Et demain la nuit sera ensoleillée / Par ton incandescence (…) Ma solitude sera dans d’beaux draps / Lorsque tu seras dans mes bras » ; surréaliste dans une intrigue tout à fait délirante avec une rivalité entre une amoureuse sans tête (Victoire) et une sans bras (Vénus) ; ou empêché : « Prêt à tout et bon à rien / L'homme indécis attend la Saint-Glinglin ».
Autodérision avec Côté cortex, mais est-ce bien lui le plus fou : « À tous les timbrés du compotier / Est-ce bien moi qui suit le plus barré ? / Ou bien à mieux y regarder / Le monde entier est cabossé » ou Mon identité, qui se joue des différents sens du mot : « monsieur l’agent / Je suis moi-même à la recherche / De mon identité ».
Vision du monde lucide, avec cette métaphore de la vie comme un jeu d’échecs où
il faut avancer droit, Tartempion, et empathique, avec cet hymne anti raciste, Petite France, qui en douceur, comme à une petite sœur, rappelle qu’elle s’est faite de ses apports étrangers. Depuis ses travailleurs venus extraire le charbon, ses soldats coloniaux
venus « défendre ta Liberté
chérie », « En 44 sous le ciel de Provence / La
Marseillaise peut chanter libérée / Par des soldats tunisiens / Par des soldats marocains / Par des soldats algériens », de ses
résistants étrangers « Espagnols venus prendre le maquis / Arméniens de l’Affiche
rouge » – là encore l'écriture d'Aubry rencontre l'actualité - puis reconstruite par ceux venus d’anciennes colonies, avant d’apporter du rêve « Dans une équipe arc-en-ciel / Où ton drapeau bleu blanc bouge. »
Quand le monde ne va pas bien, il chante la solidarité, La table du monde (écrite en l’honneur de l’association sociale La table de Jeanne-Marie sise au
départ « rue des abeilles ») et l’espoir que chacun doit allumer en soi : « Oui si tu
cherches la Terre Promise / Tu la trouveras au fond de toi ». Ou encore : « Délivré de mille et une broutilles, mon frère a les yeux qui brillent » quand il sort de ces sollicitations qui empêchent de vivre réellement ses rêves « Le monde anesthésié de rumeurs numériques / Se laisse hypnotiser, ou devient hystérique / Car les hommes fatalement s’installent / Dans des
attitudes / Dans des habitudes / Dans des servitudes ».
Régulièrement Aubry publie des chansons de tout son répertoire depuis son premier album Cet air de 2008 revisité en concerts. Suis-le, « Tu trouveras ce que tu cherches », du nom d’une de ses chansons de 2017… Après plusieurs concerts privés, voir sa page facebook, Aubry L’Homer sera le 29 février en concert chez Made in Franz à Polbsheim/Strasbourg.
NUMERO 68
Ajouté par Catherine Laugier le 25 juin 2022, La Chanson du Jour, tags: Aubry Lhomer
Tu portes en toi des mots d’amour
Paroles et Musique Aubry L'Homer. Extrait de l’album « Le choix des chaises » 2017
En attentant la sortie officielle de son nouvel album « Une nuit ensoleillée » début juillet, Aubry nous donne une très belle nouvelle version, accompagnée d’un quatuor de violoncelles, de cette chanson écrite il y a quelques années et malheureusement de plus en plus d’actualité.
Aubry sait faire résonner les mots entre eux pour en faire jaillir des sens nouveaux et représentatifs d’une triste réalité. Mais comme à son habitude, il s’agit bien d’un vibrant appel au retour de cette Démocratie malade « Porte à nos portes tes beaux fruits », un appel aux mots d’amour, ces mots fragiles dont nous sommes en manque.
En concert à Vébron en Lozère près de Florac du 19 au 23 juillet 2022 en duo avec Jean Assante pour un Hommage à Brassens, le 26 juillet pour un concert de soutien aux migrants.
Et le 7 octobre 2022 au Café Le Luce à Saint-Cyr sur Loire pour « Une nuit ensoleillée »
par Catherine Laugier le 15 février 2020
Nous avions fait connaissance avec le tourangeau Aubry L’homer avec Cet air, de son premier album huit titres de 2008, « cet air de famille » qui s’insinue en vous, ce texte si fin qui explique si bien le rôle naturel et indispensable de la musique et de la chanson dans nos vies.
Presque dix ans plus tard il nous proposait sur de fines mélodies un treize titres bien équilibré, mélange de poésie, d’humour tendre (« Faut pas la presser, Clémentine », Les éléphants ou Simon) et d’analyses concernées sur notre monde (Lampedusa, ou Démocratie et tous ses poétiques jeux de mots), d’interrogations sur les humains et le sens de leur vie, Tous les chemins mènent-ils à l’homme (comprenez souvent le mâle, le mal). Ou Tu trouveras ce que tu cherches, dédiée à Higelin : « Un jour la vie te tend la perche / Faut-il seulement que tu la voies ».
Et puis des histoires de rêves et de lune : « On a marché sur la dune / On a demandé la lune / Mais dans les cieux silencieux / Les astres sont désastreux (…) Reste une question opportune / Qui a décroché la lune ? ». Et plutôt que Le jour J, « Quant tu marches sur la lune / C’est sympa, ces p’tits pas pour l’homme / Géants pour l’humanité / Mais pas l’temps de méditer », Le jour K, « Le jour que l’on n’attendait pas. »
Le discret Aubry L’homer, toujours caché derrière son avatar, un petit bonhomme souriant – une poupée, après le dessin d’enfant du premier album – sait faire surgir l’émotion , trouver les mots justes , ceux qui sonnent et se jouent tout autant que la musique. La voix est douce et bien posée, et dans cet album flottent des écharpes d’âme… Higelin, déjà cité, Leprest, Trenet…
A la formation de musiciens classiques (flûte traversière, violoncelles, piano et claviers, guitares, basse
et percus), qui habillaient l’album, se substitue en concert ces derniers temps une formation jazz en trio, avec Paul Bureau au piano et Léo Chupin à la contrebasse qui dynamise encore les
chansons, c’est celle de cette nouvelle version du Choix des chaises.
En concert au Printemps des Poètes à Tours (Gentiana) le 13 mars 2020.
Catherine Laugier / Nosenchanteurs / 15 Février 2020
14/04/2021 : LA CHANSON "CLEMENTINE" DIFFUSÉE ... à BALTIMORE (MARYLAND) !
Les chansons d’Aubry L'Homer sont si finement écrites et si universelles qu’on dirait toujours qu’il vient de les écrire tout exprès pour nous…
Ecoutez aussi Simon, de l’album Le choix des chaises (2017), une belle et triste chanson d’amitié. « On vient surtout pour ses chansons / Il y dit que « la femme est un sujet en or / Sur lequel il aimerait s’étendre » / Et qu’il « préfère le vin d’ici à l’eau de là / Le vin d’ici à l’eau de là » / C’est pas compliqué / Non non non non non / Rire et chanter je dis ouais / Sans Simon je dis non. »
On espère que le concert du 20 mars 2021, Salle Léo Lagrange à Tours à l’occasion du Printemps des Poètes
pourra avoir lieu cette fois. Les concerts manquent…
Catherine Laugier / Nosenchanteurs / 16 Décembre 2020
(…)Il faut dormir la nuit
C’est l’docteur qui l’a dit
Rester sage et docile à domicile
Mais les rêves qui m’éclairent
Sont comme les réverbères
Ils se penchent sur le lit de la Seine
Oui les rêves qui m’éclairent
Comme les réverbères
Se penchent sur le lit de la Seine
Non, le plus difficile
C’est d’habiter une île
Sans jamais voir la mer(…)
Paroles et Musique Aubry L'Homer. Extrait de l’album « Cet air ».
